Au centre de Paris, à deux pas du Louvre, un portail discret ouvre sur une autre ville. On quitte le vacarme de la rue Saint-Honoré, on passe sous une arcade, et le bruit tombe d’un coup. Voilà le Palais-Royal : une cour, un jardin, des galeries à colonnes, et quatre siècles d’histoire de France rangés là, presque en silence. Les Parisiens le savent. Beaucoup de visiteurs passent devant sans entrer.
Le Palais-Royal à Paris est un domaine national gratuit du 1er arrondissement, qui réunit un jardin, des galeries marchandes à arcades et les célèbres colonnes de Buren. Ce qu’il faut retenir avant d’y aller :
- Construit pour le cardinal de Richelieu au XVIIe siècle sous le nom de Palais-Cardinal, il devient « royal » quand la reine Anne d’Autriche s’y installe avec le jeune Louis XIV.
- Le jardin et la cour d’honneur sont en accès libre et gratuit, tous les jours, aux horaires du domaine.
- Les colonnes de Buren (« Les Deux Plateaux », 1986) occupent la cour d’honneur : 260 colonnes rayées de noir et blanc.
- Le bâtiment principal abrite des institutions de la République (Conseil d’État, Conseil constitutionnel, ministère de la Culture) et ne se visite pas, sauf rares exceptions.
- La Comédie-Française, la Maison de Molière, occupe la salle Richelieu à l’angle de la place Colette.
Du Palais-Cardinal de Richelieu au cœur de la République
Le Palais-Royal naît d’une ambition de ministre. Dans les années 1630, le cardinal de Richelieu, premier ministre de Louis XIII, fait bâtir par l’architecte Jacques Lemercier une résidence fastueuse juste en face du Louvre. On l’appelle alors le Palais-Cardinal. Richelieu veut vivre près du roi, et il le montre.
À sa mort, en 1642, le cardinal lègue le palais à la couronne. La reine Anne d’Autriche quitte le Louvre et vient s’y installer avec ses deux fils, dont le petit Louis XIV. Le Palais-Cardinal devient le Palais-Royal : c’est de là que lui vient son nom. Le lieu passe ensuite à la branche des ducs d’Orléans, qui en feront leur affaire, au sens propre.
Depuis, l’État n’a jamais vraiment quitté les murs. Le bâtiment principal, celui qui ferme le jardin au nord, héberge aujourd’hui trois institutions de premier plan : le Conseil d’État, le Conseil constitutionnel et le ministère de la Culture. Autant dire que derrière les fenêtres tranquilles qui donnent sur les tilleuls, on écrit une partie du droit français. Ces espaces de travail restent fermés au public, sauf de très rares ouvertures comme les Journées européennes du patrimoine.

Les galeries et le jardin, l’invention d’un Paris de flânerie
Le Palais-Royal tel qu’on l’arpente aujourd’hui doit beaucoup à un duc endetté. À la fin du XVIIIe siècle, Louis-Philippe d’Orléans, qui a besoin d’argent, a une idée très moderne : transformer le pourtour de son jardin en galeries commerçantes. Il fait élever des rangées d’arcades qui abritent boutiques, cafés, restaurants, libraires, salons de jeux et cabinets de lecture. Le jardin privé devient un centre commercial à ciel ouvert, le premier du genre à Paris.
Le succès est immédiat. Tout Paris vient flâner sous les arcades, voir et être vu. Les galeries de Valois, de Montpensier et de Beaujolais, qui bordent encore le jardin, gardent la trace de cette époque, avec leurs enseignes anciennes et leurs vitrines étroites. C’est un ancêtre direct de ces passages couverts parisiens qui feront fureur au siècle suivant.
Ce foisonnement a aussi fait du Palais-Royal un foyer politique. Le lieu, propriété privée du duc, échappait alors à la police royale : on y parlait librement. Le 12 juillet 1789, debout sur une table du café de Foy, le journaliste Camille Desmoulins harangue la foule et l’appelle aux armes. Deux jours plus tard, la Bastille tombe. La petite bulle de calme d’aujourd’hui a été, un été, le point de départ d’une révolution.

Les colonnes de Buren, du scandale au symbole
Dans la cour d’honneur, 260 colonnes rayées de noir et de blanc semblent sortir du sol à différentes hauteurs. C’est « Les Deux Plateaux », l’œuvre de l’artiste Daniel Buren, commandée en 1985 par le ministre de la Culture Jack Lang et choisie par le président François Mitterrand lui-même. L’installation, achevée en 1986, s’étend sur 3 000 m². Les colonnes sont en marbre blanc de Carrare et en marbre noir des Pyrénées, et les bandes qui les rayent mesurent toujours 8,7 centimètres, la signature de l’artiste.
À l’époque, le projet déchaîne les passions. Installer une œuvre contemporaine dans un décor classé fait scandale, le chantier est même interrompu avant de reprendre. Quarante ans plus tard, la polémique a fondu : les colonnes sont devenues l’un des décors les plus photographiés de Paris, et les enfants y jouent comme sur un jeu de construction géant. Très dégradée, l’œuvre a été entièrement restaurée en 2008. Le domaine, colonnes comprises, est classé au titre des monuments historiques.
Juste à côté, entre la cour et le jardin, il ne faut pas rater les deux fontaines de Pol Bury. Le sculpteur belge y a disposé des boules d’acier poli qui tournent lentement sur l’eau et renvoient, déformé, le reflet des façades. Le contraste avec la rigueur des colonnes est saisissant, et curieusement, c’est souvent devant ces boules mouvantes qu’on s’attarde le plus longtemps.
Le détail insolite. Cherchez dans le jardin le petit canon de bronze posé sur la ligne du méridien de Paris. Pendant près de deux siècles, une loupe concentrait les rayons du soleil pour l’allumer et le faire tonner pile à midi, afin que les Parisiens règlent leurs montres. Restauré, il retentit de nouveau, désormais chaque mercredi à midi.
La Comédie-Française, la Maison de Molière
À l’angle sud-est du domaine, place Colette, se dresse la salle Richelieu, écrin historique de la Comédie-Française. Le théâtre est construit entre 1786 et 1790 par l’architecte Victor Louis, déjà auteur du grand théâtre de Bordeaux, pour le compte du duc d’Orléans. La troupe, elle, s’y installe en 1799 et n’en est plus jamais repartie.
L’institution est bien plus ancienne que ses murs. La Comédie-Française naît en 1680 de la fusion, voulue par Louis XIV, de plusieurs troupes de comédiens, dont celle de Molière, mort huit ans plus tôt. On la surnomme pour cela « la Maison de Molière ». C’est encore aujourd’hui le seul théâtre français à entretenir sa propre troupe permanente d’acteurs. La salle actuelle, remaniée après un incendie au début du XXe siècle, accueille un peu plus de 800 spectateurs sous un plafond peint. Une sortie à prévoir si vous aimez, comme nous, voir du théâtre là où il s’écrit depuis trois siècles.

Que voir et que faire au Palais-Royal
Le jardin est le cœur battant du lieu. Quatre doubles rangées de tilleuls taillés au carré encadrent de longues pelouses, des massifs fleuris et un grand bassin central où l’eau joue. Les Parisiens y viennent lire, déjeuner sur un banc, laisser courir les enfants. C’est l’un des rares endroits vraiment calmes de ce quartier dense, à ranger parmi les plus beaux monuments et lieux de Paris à découvrir à pied.
Sous les arcades, prenez le temps de pousser quelques portes. Le Palais-Royal abrite des boutiques anciennes, des parfumeurs, des maisons de décoration, quelques restaurants réputés et des adresses confidentielles que se transmettent les amateurs. On est ici loin des grandes enseignes : c’est un commerce d’un autre temps, feutré, un peu secret, dans l’esprit des coins méconnus de la capitale.
Un mot, enfin, sur ce qu’on ne visite pas. Le palais proprement dit, siège des grandes institutions, reste fermé. Ne cherchez pas à entrer dans les bureaux : la visite, ici, se fait dehors, dans la cour et le jardin, et c’est bien suffisant pour y passer une heure. En sortant côté place Colette, l’Opéra Garnier n’est qu’à quelques minutes à pied, de quoi prolonger la promenade.
Visiter le Palais-Royal, les infos pratiques
La visite est simple et ne coûte rien. Voici l’essentiel à savoir avant de venir, d’après le site officiel du domaine national, géré par le Centre des monuments nationaux.
| Adresse | 8 rue de Montpensier, 75001 Paris |
| Tarif | Gratuit, jardin et cour d’honneur |
| Horaires | 8h à 22h30 du 1er avril au 30 septembre, 8h à 20h30 du 1er octobre au 31 mars (fermeture du jardin une demi-heure avant) |
| Métro | Palais Royal – Musée du Louvre, lignes 1, 7 et 14 |
| Durée conseillée | Environ 45 minutes pour la cour et le jardin |
Le bon moment. Venez tôt le matin, en semaine. Les colonnes de Buren sont alors désertes, la lumière rasante dessine leurs rayures, et vous aurez la cour presque pour vous. L’après-midi et le week-end, surtout par beau temps, le lieu se remplit vite de promeneurs et de photographes.
Il y a mille façons de traverser le Palais-Royal. La plus belle n’est peut-être pas de cocher les colonnes, le jardin et la Comédie-Française comme une liste. C’est de s’asseoir un moment sur un banc, sous les tilleuls, et de se dire qu’au même endroit un cardinal a rêvé de pouvoir, qu’un roi enfant a joué, qu’une foule a basculé dans la Révolution et qu’un artiste a osé rayer la cour de noir et blanc. Peu de mètres carrés, à Paris, portent autant de vies. C’est sans doute pour cela qu’on y revient, même sans raison précise.
Questions fréquentes sur le Palais-Royal
Qui a construit le Palais-Royal à Paris ?
Le Palais-Royal a été construit au XVIIe siècle pour le cardinal de Richelieu, premier ministre de Louis XIII, par l’architecte Jacques Lemercier. Il s’appelait alors le Palais-Cardinal. Légué à la couronne à la mort de Richelieu en 1642, il prend le nom de Palais-Royal lorsque la reine Anne d’Autriche s’y installe avec le jeune Louis XIV.
Le jardin du Palais-Royal est-il gratuit ?
Oui, l’accès au jardin et à la cour d’honneur du Palais-Royal est entièrement gratuit et libre, sans réservation. Seuls les horaires varient selon la saison, de 8h à 22h30 en été et de 8h à 20h30 en hiver.
Peut-on visiter l’intérieur du Palais-Royal ?
Non, le bâtiment principal n’est pas ouvert au public, car il abrite le Conseil d’État, le Conseil constitutionnel et le ministère de la Culture. La visite se limite aux espaces extérieurs, la cour d’honneur et le jardin, sauf lors d’ouvertures exceptionnelles comme les Journées européennes du patrimoine.
Que sont les colonnes de Buren ?
Les colonnes de Buren forment une œuvre d’art contemporaine intitulée « Les Deux Plateaux », créée par l’artiste Daniel Buren et installée en 1986 dans la cour d’honneur du Palais-Royal. Elle compte 260 colonnes rayées de noir et blanc, de hauteurs différentes, réparties sur 3 000 m².
Quelle est la station de métro pour le Palais-Royal ?
La station la plus proche est Palais Royal – Musée du Louvre, desservie par les lignes 1, 7 et 14 du métro parisien. Le domaine se trouve à quelques minutes à pied du Louvre et de l’avenue de l’Opéra.


