- Environ 140 passages couverts existaient à Paris au XIXe siècle : une vingtaine subsistent aujourd’hui.
- Les plus célèbres : galerie Vivienne, passage des Panoramas, passage Jouffroy, galerie Véro-Dodat, passage du Grand-Cerf.
- Entrée libre et gratuite, généralement de 7h à 22h en semaine.
- Idéaux par temps de pluie, le circuit Grands Boulevards-Bourse se parcourt à pied en une à deux heures.
Sous les pavés, une autre Paris se cache. Il suffit de pousser une porte discrète sur un boulevard animé pour se retrouver soudain dans un autre siècle : sol en mosaïque géométrique, verrière de verre et de fonte, vitrines étroites aux enseignes surannées. Les passages couverts de Paris sont les ancêtres des galeries marchandes modernes, nés bien avant les grands magasins d’Haussmann. Longtemps oubliés, puis lentement réhabilités, il en subsiste une vingtaine sur les quelque 140 qui maillaient la capitale au XIXe siècle. Ce guide vous propose de les (re)découvrir, passage après passage, avec un circuit à pied pour les relier. Nous les avons reliés un matin de semaine, en partant des Grands Boulevards, et le dépaysement a été immédiat.
Des ancêtres du grand commerce au patrimoine vivant
Les passages couverts naissent entre la fin du XVIIIe siècle et le milieu du XIXe. À une époque où Paris manque cruellement de trottoirs praticables, de rues éclairées et d’abris contre la pluie et la boue, ils représentent une révolution du quotidien. Des promoteurs privés percent des passages à travers les îlots d’immeubles, couvrent le tout d’une verrière de verre et de fer forgé, dallent le sol, installent l’éclairage au gaz et louent les alvéoles commerciales de part et d’autre. Le résultat : une rue intérieure, confortable, lumineuse, à l’abri des intempéries.

Le succès est immédiat. Au milieu du XIXe siècle, la ville compte environ 140 passages couverts. Ils abritent libraires, marchands d’estampes, jouets, pharmacies, salons de thé, brasseries, cabinets de lecture : toute la vie commerciale et sociale d’une certaine bourgeoisie parisienne s’y concentre.
Puis vient Haussmann. La rénovation de Paris sous Napoléon III (1853-1870) bouleverse la donne : les grands boulevards percent les quartiers denses, les trottoirs s’élargissent, les rues s’asphaltent et s’éclairent au gaz puis à l’électricité. La rue redevient praticable. Dans le même mouvement, les Grands Magasins (le Bon Marché en 1852, le Printemps en 1865, les Galeries Lafayette en 1893) offrent aux acheteurs un confort encore supérieur à celui des passages, sous des toitures encore plus vastes. La plupart des passages ferment, sont démolis ou se dégradent lentement.
Ceux qui ont survécu doivent leur salut à des circonstances diverses : protection au titre des Monuments historiques, quartier épargné par les travaux, reconversion en lieu culturel ou touristique. Depuis les années 1970, un mouvement de réhabilitation les a transformés en lieux de promenade autant que de commerce. Ils constituent aujourd’hui, pour qui sait les trouver, quelques-uns des plus beaux témoignages du Paris du XIXe siècle. Pour prolonger cette plongée dans le patrimoine de la capitale, retrouvez également notre guide complet consacré aux monuments de Paris.
Où se trouvent les passages couverts de Paris ?
La majorité des passages couverts encore accessibles se concentrent dans deux arrondissements : le 2e (quartiers Bourse et Montorgueil) et le 9e (Grands Boulevards, quartier Opéra). Quelques exceptions existent dans le 1er (galerie Véro-Dodat, galeries du Palais-Royal) et dans le 3e (passage de l’Ancre).
Un circuit à pied pour les découvrir. En partant de la station Grands Boulevards (lignes 8 et 9), il est possible de relier en une heure trente à deux heures les principaux passages du 2e et du 9e arrondissement :
- Départ au passage des Panoramas, 11 bis rue Montmartre (2e) : le plus ancien passage parisien encore ouvert.
- Traverser le boulevard Montmartre et entrer dans le passage Jouffroy au n° 10-12 côté nord (9e).
- En sortant côté rue de la Grange-Batelière, le passage Verdeau (9e) se trouve à quelques mètres, dans le prolongement direct.
- Galerie Vivienne (2e) : remonter vers la Bourse, entrée principale au 4 rue des Petits-Champs.
- Galerie Colbert (2e) : mitoyenne de Vivienne, accessible depuis la galerie elle-même ou depuis la rue.
- Terminus au passage du Grand-Cerf, 145 rue Saint-Denis (2e) : la plus haute verrière, à 11,80 mètres.
Ce circuit est entièrement gratuit, praticable à pied, et peut se faire en continu ou en deux demi-journées. Pour la galerie Véro-Dodat (1er), comptez une extension d’une vingtaine de minutes depuis le Louvre ou Châtelet.
Les passages couverts à ne pas manquer

Galerie Vivienne (2e)
Ouverte en 1823 au coeur du quartier Bourse, la galerie Vivienne est souvent qualifiée de plus élégante des passages couverts de Paris. Son sol en mosaïque géométrique aux motifs grecs, ses colonnes corinthiennes ornées de stucs et sa verrière en arcs de cercle constituent un ensemble architectural remarquable. Elle est classée monument historique depuis 1974. Côté boutiques, la galerie abrite aujourd’hui une librairie de livres anciens, une cave à vins, une boutique de mode et plusieurs antiquaires. L’atmosphère y est douce, lumineuse et souvent silencieuse. Adresse : 4 rue des Petits-Champs (2e). Métro : Bourse (ligne 3). Horaires : 8h30-20h30 environ, du lundi au samedi.
Passage des Panoramas (2e)
Inauguré en 1799, le passage des Panoramas est le plus ancien passage couvert de Paris encore ouvert. Son nom vient des rotondas de spectacle qui occupaient le côté nord du boulevard Montmartre à l’époque de sa création : les visiteurs venaient y contempler des peintures panoramiques géantes représentant Rome ou Amsterdam. Ces rotondas ont disparu depuis longtemps, mais le passage subsiste avec son enchevêtrement de galeries et de sous-galeries (galerie Feydeau, galerie Saint-Marc). Il accueille aujourd’hui une concentration de philatélistes, de marchands de cartes postales anciennes et de restaurants. Adresse : 11 boulevard Montmartre (2e). Métro : Grands Boulevards (lignes 8/9).
Passage Jouffroy (9e)
Ouvert en 1845, le passage Jouffroy fut le premier passage parisien à être chauffé par un système central : une innovation remarquable pour l’époque. Il débute côté boulevard Montmartre par le décor théâtral du musée Grévin (dont il longe la façade arrière) et se termine côté rue de la Grange-Batelière par l’hôtel Chopin, ouvert depuis 1846. Entre les deux, une succession de librairies de bandes dessinées, de boutiques de cannes anciennes, de marchands de jouets rétro et de petits restaurants. Adresse : 10-12 boulevard Montmartre (9e). Métro : Grands Boulevards (lignes 8/9).
Passage Verdeau (9e)
Moins fréquenté que son voisin Jouffroy, le passage Verdeau (1847) lui fait directement suite côté nord, de l’autre côté de la rue de la Grange-Batelière. Son atmosphère est peut-être la plus authentique des passages parisiens : on y trouve encore des antiquaires spécialisés en photographies anciennes, en cartes postales, en appareils photo vintage et en vieux livres. Aucune foule de touristes ne s’y presse, les boutiquiers connaissent leurs clients de longue date. Une bulle hors du temps, à deux pas des Grands Boulevards. Adresse : 6 rue de la Grange-Batelière (9e). Métro : Grands Boulevards (lignes 8/9).

Galerie Véro-Dodat (1er)
Ouverte en 1826 par deux charcutiers devenus riches, Véro et Dodat, la galerie qui porte leur nom est l’une des plus sombres et des plus étranges de Paris. Colonnes noires laquées à filets dorés, lanternes à gaz (remplacées par leurs équivalents électriques), sol en damier de marbre noir et blanc, plafond à caissons peints : le décor est délibérément théâtral, à mi-chemin entre le boudoir et le cabinet de curiosités. Elle accueille notamment plusieurs galeries d’art contemporain et des ateliers de restauration de poupées anciennes. Moins visitée que Vivienne, elle est inscrite aux Monuments historiques depuis 1975. Adresse : 19 rue Jean-Jacques Rousseau (1er). Métro : Louvre-Rivoli (ligne 1).
Passage du Grand-Cerf (2e)
Pour les amateurs d’architecture, le passage du Grand-Cerf (1825) est le plus impressionnant de tous : sa verrière culmine à 11,80 mètres de hauteur, ce qui en fait la plus élevée des passages parisiens. Longtemps dégradé et en partie fermé, il a été entièrement restauré dans les années 1990. La lumière qui tombe de cette verrière géante baigne l’ensemble d’une clarté presque nordique, et les structures métalliques apparentes ajoutent une légèreté industrielle à l’ensemble. Il accueille aujourd’hui des boutiques de design, de bijoux et de vêtements de créateurs. Adresse : 145 rue Saint-Denis, angle rue de Turbigo (2e). Métro : Étienne Marcel (ligne 4).
Informations pratiques : horaires et accès métro
La plupart des passages couverts sont accessibles librement et gratuitement, sans billet ni réservation. Les horaires varient selon les boutiques et les gestionnaires, mais la majorité sont ouverts de 7h à 22h environ en semaine et le samedi. Le dimanche, certains passages sont fermés ou partiellement fermés (notamment Vivienne et Véro-Dodat). Vérifiez sur place avant de vous déplacer un dimanche.
| Passage | Arrondissement | Métro | Ligne(s) | Spécialité |
|---|---|---|---|---|
| Galerie Vivienne | 2e | Bourse | 3 | Librairie ancienne, mode, vins |
| Passage des Panoramas | 2e | Grands Boulevards | 8, 9 | Philatélie, restaurants |
| Passage Jouffroy | 9e | Grands Boulevards | 8, 9 | Musée Grévin, brocante |
| Passage Verdeau | 9e | Grands Boulevards | 8, 9 | Photos anciennes, livres |
| Galerie Véro-Dodat | 1er | Louvre-Rivoli | 1 | Galeries d’art, poupées |
| Passage du Grand-Cerf | 2e | Étienne Marcel | 4 | Design, créateurs |
Pour compléter votre journée dans ce Paris historique, pensez aussi à les catacombes de Paris et à notre guide que faire à Paris pour composer un programme complet.
Les passages couverts, l’idée idéale quand il pleut à Paris

Paris sous la pluie a ses inconvénients bien connus : les terrasses de café se vident, les files d’attente devant les musées s’allongent, et les grandes avenues deviennent peu agréables à parcourir. Les passages couverts offrent une alternative que peu de guides mentionnent : ces galeries intérieures sont par définition imperméables à la pluie, et plusieurs sont chauffées.
Mieux encore, contrairement à un musée ou à un centre commercial, ils n’ont rien d’une destination artificielle : les boutiques sont des boutiques réelles, les restaurants sont des restaurants qui cuisinent, et la promenade reste une promenade. On peut entrer par une extrémité, flâner, s’arrêter dans une librairie, déjeuner dans une brasserie et ressortir côté opposé, sans avoir jamais mis un pied sous la pluie.
Pour optimiser une journée parisienne pluvieuse : commencer par le circuit Panoramas-Jouffroy-Verdeau (30 à 45 minutes de marche abritée), puis descendre vers la galerie Vivienne (10 minutes à pied ou deux stations de métro), déjeuner dans l’un des restaurants du passage, et finir à Véro-Dodat en remontant vers le Louvre. Cinq passages en une demi-journée, à l’abri de tout. La question « que faire quand il pleut à Paris ? » a ici une réponse très concrète.
FAQ : vos questions sur les passages couverts de Paris
- Comment visiter les passages couverts de Paris ?
- Les passages couverts sont accessibles gratuitement, sans réservation, généralement de 7h à 22h. La plupart du 2e et du 9e arrondissement se parcourent à pied dans un circuit d’une à deux heures depuis la station Grands Boulevards.
- Quel est le plus beau passage couvert de Paris ?
- La galerie Vivienne est souvent citée comme la plus élégante, avec sa mosaïque et ses stucs classés monument historique. Le passage du Grand-Cerf est le plus impressionnant architecturalement, avec sa verrière de 11,80 mètres. La galerie Véro-Dodat est la plus mystérieuse, et la moins fréquentée.
- Pourquoi les passages couverts ont-ils décliné ?
- Les travaux d’Haussmann (1853-1870) ont rendu la rue praticable en élargissant les trottoirs et en éclairant les boulevards. L’essor des Grands Magasins a ensuite offert un confort supérieur, supprimant l’avantage principal des passages.
- Dans quel quartier se trouvent les passages couverts de Paris ?
- La grande majorité se concentre dans les 2e et 9e arrondissements, autour des Grands Boulevards et du quartier Bourse. Quelques-uns existent dans le 1er arrondissement (galerie Véro-Dodat) et dans le 3e.
- La visite des passages couverts est-elle gratuite ?
- Oui, l’accès est totalement gratuit, sans billet ni réservation. Seules les boutiques, restaurants et galeries d’art installés ont leur propre politique tarifaire.
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Les passages couverts de Paris ne sont pas seulement des curiosités architecturales ou des décors de film nostalgiques. Ils sont des espaces vivants, qui ont su se réinventer sans se trahir : librairies, galeries d’art, boutiques de créateurs ont pris la place des philatélistes et des marchands d’estampes, mais la lumière de la verrière, le sol dallé et le silence relatif du passage sont restés. À Paris, peu d’endroits offrent autant cette sensation de sortir du bruit de la ville sans jamais vraiment la quitter. Chaque fois que nous y revenons, nous retrouvons cette impression étrange que quelque chose d’essentiel sur la ville se dit mieux ici qu’ailleurs : entre deux rangées de boutiques et sous un toit de verre.


