L’histoire de Montmartre commence bien avant que les peintres n’y installent leurs chevalets : la butte a été un village indépendant de Paris jusqu’en 1860, avant de devenir le coeur bohème de la capitale mondiale de l’art.
- Le nom de Montmartre viendrait du latin Mons Martyrum, le mont des Martyrs, en référence à saint Denis décapité sur la butte vers 250 après J.-C.
- Montmartre abritait une abbaye bénédictine fondée en 1133, des moulins à vent et des vignes, avant son annexion à Paris en 1860.
- Renoir, Van Gogh, Picasso, Toulouse-Lautrec et Suzanne Valadon y ont créé leurs oeuvres les plus célèbres entre 1870 et 1914.
- La basilique du Sacré-Coeur, votée en 1873 après la défaite de 1870, n’a été consacrée qu’en 1919, après quarante-quatre ans de chantier.
Montez les escaliers de la rue Foyatier, et vous comprendrez pourquoi Montmartre a ensorcelé tant d’artistes. La butte domine Paris de ses 130 mètres, la lumière y est différente, l’air presque campagnard. Ce n’est pas un hasard si, pendant près d’un siècle, ce quartier a concentré plus de génie par mètre carré qu’aucun autre endroit au monde. Mais avant d’être un mythe, Montmartre a été un village. Une commune à part entière, avec ses vignes, ses moulins, ses abbesses et ses cafés.
Aux origines : Montmartre, village hors les murs
Le nom de Montmartre intrigue les historiens depuis des siècles. Deux hypothèses s’affrontent : Mons Martyrum, le mont des Martyrs, rappellerait le supplice de saint Denis, premier évêque de Paris décapité sur la butte vers 250 après J.-C. ; ou Mons Mercurii, le mont de Mercure, témoignerait d’un culte romain antérieur. La question reste ouverte, ce qui n’est pas la moindre des charmes de ce quartier qui a toujours aimé rester un peu mystérieux.
Au XIIe siècle, la butte prend une forme plus précise : en 1133, le roi Louis VI et son épouse Adélaïde de Savoie fondent une abbaye bénédictine. Des religieuses y vivent pendant des siècles, entourées de vignes, de moulins à vent et de champs. La Révolution disperse la communauté en 1794, mais le paysage reste rural bien plus longtemps. Au début du XIXe siècle, Montmartre ressemble encore à un gros village perché, avec sa douzaine de moulins dont le Moulin de la Galette, ses cabarets de plein air appelés guinguettes, et une population de laboureurs et de vignerons.
Le tournant décisif arrive en 1860 : le baron Haussmann réorganise Paris, et Montmartre est annexé à la capitale. En un trait de plume, un village vieux de plusieurs siècles devient le 18e arrondissement. C’est précisément ce statut ambigu, entre ville et campagne, entre Paris et son dehors, qui va attirer les artistes à la recherche de loyers bas et d’un espace de liberté que le centre haussmannien ne propose plus.

L’aube d’un mythe : quand les artistes découvrent la butte
Les premières décennies qui suivent l’annexion voient arriver une vague de peintres fuyant les ateliers hors de prix du quartier Latin. La lumière du nord, la hauteur qui dégage le ciel, les loyers dérisoires : Montmartre offre exactement ce que l’art du XIXe siècle réclame. Corot, Théodore Rousseau et Jean-Baptiste Carpeaux y passent avant qu’Auguste Renoir ne s’y installe durablement.
C’est sur la butte que Renoir peint en 1876 son Bal du moulin de la Galette, tableau emblématique de l’impressionnisme, conservé aujourd’hui au musée d’Orsay. Le décor est réel : la guinguette existe, la foule danse sous les lampions, la lumière tachète les robes et les visages. Quelques années plus tard, Vincent van Gogh arrive à Montmartre en 1886 et y restera deux ans, transformé par les couleurs du quartier et les conversations avec Toulouse-Lautrec, dont l’atelier se trouve à deux rues de là.
Dans les ruelles du maquis, ce bidonville bohème accroché au flanc nord de la butte, s’entassent des baraques de fortune habitées par des artistes, des poètes et des anarchistes. Cette liberté-là, Paris intra-muros ne la connaît pas encore. Elle a laissé à Montmartre une atmosphère à part, que ses ruelles pavées et ses cours secrètes transmettent encore aujourd’hui.
La Belle Époque, l’âge d’or de la butte (1880-1914)
Les trente ans qui précèdent la Grande Guerre sont ceux du mythe absolu. Henri de Toulouse-Lautrec s’installe dans le quartier au début des années 1880 et immortalise le Moulin Rouge, ouvert en 1889 boulevard de Clichy, avec ses affiches devenues des icônes de la Belle Époque. La clientèle mêle bourgeois et bohèmes, et Montmartre devient le lieu où la ville entière vient se frôler à la modernité.
Au 13 place Émile-Goudeau, dans une baraque en bois surnommée le Bateau-Lavoir à cause des grincements de sa charpente, Pablo Picasso s’installe en 1904. C’est là qu’il peint en 1907 Les Demoiselles d’Avignon, tableau fondateur du cubisme, avec Georges Braque. Guillaume Apollinaire, Juan Gris, Kees van Dongen : tout ce que Paris compte de créateurs avant-gardistes gravite autour de cette bâtisse délabrée.

Dans cette effervescence masculine, quelques femmes taillent leur place avec un talent égal. Suzanne Valadon, ancienne acrobate et modèle de Toulouse-Lautrec, apprend la peinture auprès de Degas et devient en 1894 la première femme acceptée à la Société nationale des beaux-arts. Avec son fils Maurice Utrillo, qui deviendra lui aussi un peintre majeur des rues de la butte, elle vit au 12 rue Cortot, là où se trouve aujourd’hui le musée de Montmartre. Marie Laurencin, compagne d’Apollinaire, peint ses figures féminines vaporeuses, à la frontière du fauvisme et de la poésie.
Le Sacré-Coeur, un monument né dans la douleur
On oublie parfois que la basilique qui domine la butte est le fruit direct d’une catastrophe nationale. En 1870, la France est écrasée par la Prusse. La Commune de Paris embrase la capitale en 1871. Dans ce contexte de deuil et de ferveur catholique, l’Assemblée nationale vote en juillet 1873 la construction d’une basilique du Voeu national, dédiée au Sacré-Coeur, pour expier, selon ses promoteurs, les maux nés de la défaite.
L’architecte Paul Abadie remporte le concours avec un projet en style romano-byzantin, dont les dômes blancs rappellent Constantinople. La première pierre est posée en 1875. Le chantier dure quarante-quatre ans, ralenti par les difficultés du terrain : la butte est creusée de carrières, et il faut des dizaines de piliers enfoncés à 30 mètres de profondeur pour que l’édifice tienne. La basilique est finalement consacrée le 16 octobre 1919, un an après la fin de la guerre.
Montmartre aujourd’hui : le village dans la ville
Classé site patrimonial remarquable depuis 2018, Montmartre est l’un des quartiers les plus visités de Paris. La tension entre patrimoine et vie de quartier y est palpable : la place du Tertre, où peintres et caricaturistes se disputent le moindre centimètre carré, est devenue l’un des symboles du tourisme de masse parisien, tandis que les ruelles environnantes gardent une atmosphère de village que peu d’autres quartiers peuvent encore revendiquer.

Le vignoble du Clos Montmartre, planté dans les années 1930 sur un terrain menacé par la construction, donne lieu chaque automne à une fête populaire qui réunit habitants et curieux. Et si Montmartre a longtemps été le quartier où l’on naissait artiste pour mourir riche ailleurs, des galeries indépendantes et des ateliers vivants prouvent que la vocation créative de la butte n’est pas tout à fait éteinte. Pour la découvrir à votre rythme, la montée en funiculaire de Montmartre reste le meilleur point de départ.
Montmartre, finalement, c’est peut-être la preuve que la géographie peut changer le cours de l’art. Une butte un peu à l’écart, des loyers impossibles à Paris mais abordables sur la pente, et soudain le monde entier regarde dans la même direction. Ce qu’on appelle le génie de Montmartre, c’est peut-être juste la rencontre entre des gens qui avaient quelque chose à dire et un lieu qui leur laissait la place pour le dire. La butte est encore là. Les escaliers sont les mêmes. Ce qui se passe dans les ateliers du quartier aujourd’hui n’a peut-être pas encore de nom.
FAQ sur l’histoire de Montmartre
Pourquoi le quartier s’appelle-t-il Montmartre ?
L’origine du nom de Montmartre est disputée. La version la plus répandue évoque le Mons Martyrum, le mont des Martyrs, en référence à saint Denis décapité sur la butte vers 250 après J.-C. Une autre hypothèse y voit le Mons Mercurii, le mont de Mercure, trace d’un temple romain antérieur. Aucune certitude définitive n’a été établie à ce jour.
Dans quel arrondissement de Paris se trouve Montmartre ?
Montmartre est situé dans le 18e arrondissement de Paris. La butte culmine à 130 mètres d’altitude, ce qui en fait le point le plus élevé de la capitale. Montmartre était une commune indépendante avant son annexion à Paris en 1860.
Qui a construit la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre ?
La basilique du Sacré-Coeur a été conçue par l’architecte Paul Abadie, dans un style romano-byzantin. Sa construction a été votée par l’Assemblée nationale en juillet 1873. La première pierre a été posée en 1875 et la basilique a été consacrée le 16 octobre 1919, après quarante-quatre ans de travaux.
Quels artistes célèbres ont vécu à Montmartre ?
Montmartre a accueilli une concentration unique de génies : Auguste Renoir, Vincent van Gogh, Henri de Toulouse-Lautrec, Pablo Picasso, Georges Braque, Amedeo Modigliani, Suzanne Valadon, Maurice Utrillo et Marie Laurencin y ont tous vécu ou travaillé entre 1870 et 1914, la grande époque de la butte.


