L’obélisque de la Concorde : histoire et secrets du plus vieux monument de Paris

L’obélisque de la Concorde : histoire et secrets du plus vieux monument de Paris

Sommaire
L’essentiel à retenir

  • Taillé sous Ramsès II il y a plus de 3 300 ans, l’obélisque de la Concorde est le monument le plus ancien de Paris.
  • Offert à la France par l’Égypte en 1829, il a mis trois ans pour rejoindre Paris depuis Louxor.
  • Ses hiéroglyphes cachent des cryptographies secrètes révélées seulement en 2025 par un égyptologue de la Sorbonne.
  • Il fait office de cadran solaire depuis 1999 : son ombre indique l’heure sur des repères incrustés dans le sol de la place.
  • Son jumeau est resté en Égypte. La France y a officiellement renoncé en 1981.

Un cadeau diplomatique vieux de 3 300 ans

L’obélisque de la Concorde est un cadeau offert par l’Égypte à la France en 1829, en signe de reconnaissance pour le déchiffrement des hiéroglyphes par Jean-François Champollion, sept ans plus tôt. C’est Champollion lui-même qui choisit cet obélisque parmi plusieurs disponibles. Il l’estimait mieux conservé que son jumeau, et plus apte à supporter le voyage depuis Louxor.

En échange, la France offrit en 1845 une grande horloge mécanique pour la citadelle du Caire. Petite ironie de l’histoire : elle ne fonctionnait pas à son arrivée. Elle n’a été réparée et mise en marche qu’en 2021, soit 176 ans après sa livraison. Quant au jumeau de l’obélisque, la France y a officiellement renoncé en 1981, sous François Mitterrand. Il se dresse encore aujourd’hui à l’entrée du temple de Louxor, à l’endroit précis où il était il y a 3 000 ans.

C’est sans doute le plus singulier parmi tous les monuments de Paris : aucun autre n’entretient avec son pays d’origine une relation aussi longue et aussi compliquée.

Granite rose, hiéroglyphes et pyramidion doré

L’obélisque est taillé dans de la syénite rose, une roche granitique extraite à Assouan. Il mesure 23 mètres et pèse 222 tonnes. Son pyramidion, la pointe haute, est recouvert de feuilles d’or : dans l’Égypte ancienne, ces sommets dorés captaient la lumière du soleil et symbolisaient le lien entre le pharaon et le dieu Amon-Rê.

Détail des hiéroglyphes de Ramsès II gravés sur l'obélisque de la Concorde

Sur ses quatre faces, des hiéroglyphes relatent les exploits de Ramsès II : batailles, offrandes aux dieux, cortèges de prêtres. Ces textes n’étaient pas décoratifs. Ils servaient la propagande royale, inscrivant la légitimité divine du pharaon dans la pierre pour l’éternité. Le Louvre conserve d’ailleurs, en salle 327, les Babouins de Louxor : le socle original d’un obélisque de Louxor offert par Méhémet Ali en 1830, le même vice-roi qui fit don de l’obélisque de la Concorde à la France.

Le piédestal, lui, est breton : cinq blocs de granite rose de l’Aber-Ildut, choisi pour sa couleur proche de la syénite égyptienne.

Les cryptographies secrètes du pyramidion, révélées en 2025

Les hiéroglyphes de l’obélisque étaient connus depuis 1836. Mais certains renfermaient des secrets que personne n’avait remarqués depuis presque deux siècles.

La découverte de 2025

Lors des travaux de restauration de 2021, l’égyptologue Jean-Guillaume Olette-Pelletier (Université Paris-Sorbonne et Institut catholique de Paris) est devenu le premier chercheur à accéder au pyramidion depuis son dressage en 1836. Après plus de quatre ans de travaux, il a révélé l’existence de sept cryptographies dissimulées dans les hiéroglyphes du sommet : des messages codés destinés aux seuls initiés, invisibles depuis le sol de la place.

Ces cryptographies superposent plusieurs niveaux de lecture dans un même texte, un procédé réservé aux scribes et aux prêtres. Le sommet d’un obélisque, invisible depuis le sol, était le support idéal pour des messages destinés aux seuls dieux. Ce monument que des millions de Parisiens croisent chaque année n’a pas encore tout livré.

Trois ans pour relier Louxor à la Seine

Transporter un monolithe de 222 tonnes depuis l’Égypte jusqu’à Paris représentait, en 1831, un défi technique sans précédent. L’ingénieur Jean-Baptiste Apollinaire Lebas conçut une barge entièrement dédiée à cette mission, baptisée « Louxor » : fond plat, cinq quilles, proue amovible calculée pour passer sous les ponts de la Seine.

Trois cents fellahs durent creuser un canal depuis le Nil pour approcher la barge au pied du monument. L’obélisque fut embarqué le 19 décembre 1831, mais il fallut attendre huit mois la crue du Nil pour prendre le large. Bancs de sable à Rosette, tempêtes en Méditerranée, courants de la Seine : la barge arriva à Paris en décembre 1833. Elle resta encore sept mois à quai, le temps de préparer le chantier. Ce genre d’épopée compte parmi les histoires secrètes de Paris que l’on ne soupçonne pas en traversant la place.

La barge Louxor transportant l'obélisque sur le Nil en 1832

L’érection de 1836 : 200 000 Parisiens et une panne de vapeur

Le 25 octobre 1836, environ 200 000 personnes se massèrent autour de la place de la Concorde pour voir l’obélisque se dresser. Lebas avait prévu une machine à vapeur pour actionner les cabestans. Elle tomba en panne. Ce sont 350 hommes qui hissèrent le monolithe à la force des bras, dans un silence quasi total selon les témoignages, puis dans un tonnerre d’applaudissements.

Louis-Philippe Ier observait depuis une fenêtre de l’hôtel de la Marine, à l’abri d’un éventuel échec. Il n’apparut que lorsque le monument fut parfaitement vertical. Son choix de placer l’obélisque ici n’était pas anodin : c’est sur cette place que Louis XVI avait été guillotiné. Un monument égyptien sans connotation royale française permettait d’effacer la charge symbolique du lieu, tout en lui rendant sa grandeur.

Un cadran solaire géant depuis 1999

L’obélisque ne se contente pas de décorer la place. Depuis 1999, il joue le rôle de gnomon pour un cadran solaire horizontal intégré au sol de la Concorde. Des clous dorés et des lignes thermocollées forment un arc permettant de lire l’heure entre 7h et 17h grâce à l’ombre projetée. C’est l’un des cadrans solaires les plus originaux de France.

Les bas-reliefs du piédestal, eux, documentent l’opération de dressage de 1836 : schémas de machines, diagrammes des cabestans, vue du navire Louxor. Une documentation entière gravée dans la pierre, au pied du monument lui-même.

L’obélisque de la Concorde a été planté ici 14 siècles avant que Paris s’appelle Paris. Il a traversé la Méditerranée sur une barge construite pour lui, survécu à une panne de vapeur le jour de son inauguration, et révélé ses secrets en 2025 à un égyptologue qui fut le premier à l’examiner de près depuis 1836. On passe devant lui chaque jour. C’est peut-être là son plus grand secret : que personne ne s’arrête vraiment.

Questions fréquentes sur l’obélisque de la Concorde

Qui a offert l’obélisque de la Concorde à la France ?

L’obélisque de la Concorde a été offert par l’Égypte à la France en 1829, sous le règne de Mohammed Ali, vice-roi d’Égypte. Ce cadeau diplomatique honorait le déchiffrement des hiéroglyphes par Jean-François Champollion, réalisé en 1822.

Quel est le monument le plus ancien de Paris ?

L’obélisque de la Concorde est le monument le plus ancien de Paris, taillé sous le règne de Ramsès II il y a plus de 3 300 ans. Il précède de plusieurs siècles les plus vieux édifices parisiens.

Où se trouve le jumeau de l’obélisque de la Concorde ?

Le jumeau de l’obélisque de la Concorde se dresse toujours en Égypte, à l’entrée du temple de Louxor, à l’endroit précis où il a été érigé sous Ramsès II. La France a officiellement renoncé à le récupérer en 1981, sous la présidence de François Mitterrand.

Depuis quand l’obélisque de la Concorde est-il un cadran solaire ?

L’obélisque de la Concorde fait office de cadran solaire depuis 1999. Des repères en clous dorés et lignes incrustées dans le sol de la place permettent de lire l’heure entre 7h et 17h grâce à son ombre projetée.

Combien de temps a duré le transport de l’obélisque de Louxor à Paris ?

Le transport de l’obélisque de Louxor à Paris a duré environ trois ans. Embarqué en décembre 1831 sur la barge « Louxor » spécialement construite, il arriva à Paris en décembre 1833. Son dressage sur la place de la Concorde eut lieu le 25 octobre 1836.

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