Les meilleures glaces de Paris se trouvent chez des artisans qui turbinent sur place, travaillent des fruits de saison et n’utilisent pas d’arômes artificiels.
- Berthillon (Île Saint-Louis, 4e) reste l’institution incontestée depuis 1954, avec une soixantaine de parfums qui changent selon les saisons.
- Pozzetto (Marais, 4e) incarne le gelato milanais dans sa forme la plus pure : douze parfums, pas un de plus.
- Une Glace à Paris (4e) est signée par Emmanuel Ryon, Meilleur Ouvrier de France Glacier et Champion du Monde de Pâtisserie.
- La Combine (Canal Saint-Martin, 10e) change ses deux parfums chaque semaine : un concept unique dans la capitale.
- Pour repérer un vrai artisan : cherchez des parfums qui varient selon les saisons et la mention « turbinage sur place ».
L’été parisien a ses rituels. Et pour beaucoup d’entre nous, une promenade sur les quais ou dans le Marais finit invariablement devant une vitrine colorée. Mais laquelle ? Derrière chaque bac de gelato ou chaque cornet en gaufrette, l’écart entre une vraie glace artisanale et un produit de masse est colossal.
La scène glacière parisienne est riche, diverse, parfois déroutante. Il y a les institutions qui turbinent depuis les années cinquante, les nouveaux venus qui réinventent la texture, les glaciers libanais et italiens qui apportent leurs traditions, et les chaînes qui vendent de beaux cornets sans vraiment fabriquer sur place. Cette sélection tient à un seul critère : l’artisanat vérifiable, pas la réputation héritée.
Et si vous prolongez la balade gourmande, nos adresses pour un brunch à Paris font une belle entrée en matière avant une glace en fin de journée.
Glace artisanale ou industrielle : les critères qui font la différence
Un glacier artisanal se définit d’abord par la fabrication sur place de ses préparations glacées. Selon la Confédération Nationale des Glaciers de France, l’organisme professionnel de la filière, cela implique concrètement une turbine dans l’atelier, des fruits frais travaillés au quotidien, et des matières premières sans arômes de synthèse ni colorants artificiels.
Le turbinage est au coeur de tout. La turbine est la machine qui refroidit la préparation tout en la brassant : c’est ce mouvement continu qui incorpore de l’air et donne à la glace son onctuosité. Un artisan turbine en petite quantité, ce qui lui permet de travailler des fruits de saison, de changer les parfums régulièrement et de maintenir une fraîcheur qu’un produit fabriqué en usine puis livré en bac ne peut pas atteindre. La différence se sent, franchement, dès la première cuillère.
Deux autres indices, simples, ne trompent pas :
- La saisonnalité des parfums. Si la boutique propose les mêmes saveurs en janvier et en juillet, quelque chose cloche. Un artisan qui travaille la fraise fraîche ne la propose qu’au printemps et en été, pas toute l’année.
- L’absence d’arômes artificiels. Un vrai sorbet à la pêche sent la pêche. Si ça fleure le bonbon chimique, c’est qu’il y a une raison.
La profession valorise aussi le titre de Meilleur Ouvrier de France (MOF) Glacier, le concours de compagnonnage le plus exigeant dans la glacerie française. C’est un repère utile, même si son absence ne disqualifie évidemment pas un artisan.
Un point pratique pour finir : le prix. Une boule artisanale de qualité tourne entre 3 et 5 euros en 2025. Pour des ingrédients d’exception (pistache DOP de Bronte, vanille de Tahiti, fruits rares), comptez davantage. Si le tarif est nettement en dessous, interrogez-vous sur la méthode de fabrication.

La distinction artisan/industriel n’implique pas de sacrifier le plaisir, ni le budget. Les meilleures glaces de Paris sont souvent les plus simples dans leur démarche : des matières premières honnêtes, une turbine en état de marche, et de la rigueur.
Rive droite : le Marais, l’Île Saint-Louis et le Canal
L’Île Saint-Louis et le Marais (4e arrondissement)
C’est le coeur historique de la glace parisienne. Berthillon (31 rue Saint-Louis-en-l’Île, 4e) tient son rang depuis 1954. La famille turbine toujours sur place, propose une soixantaine de parfums selon les saisons et refuse les arômes artificiels depuis l’origine. La queue sur le pont de la Tournelle en dit long. C’est devenu un rituel presque indissociable d’une après-midi sur l’Île Saint-Louis, et c’est amplement mérité.
Certains lui préfèrent Pozzetto (39 rue du Roi de Sicile, 4e), et c’est une position tout à fait défendable. Ici, douze parfums maximum, souvent les mêmes d’une semaine à l’autre, sans fioritures. Le gianduja (chocolat-noisette du Piémont) est ici une référence. On ne demande pas « qu’est-ce que vous avez de bon ? » chez Pozzetto : on sait, on choisit, on repart avec quelque chose de précis. C’est du gelato milanais dans sa forme la plus pure.
REŸS Glaces Éternelles (4 rue du Bourg Tibourg, 4e) est une adresse plus récente mais qui monte vite parmi les amateurs. Des parfums créatifs, une fabrication artisanale revendiquée, des textures denses. Une alternative sérieuse quand les queues des grandes maisons découragent.
Dans le même quartier, La Glacerie Paris (13 rue du Temple, 4e) a imposé un style précis et géométrique. Des préparations denses, des associations qui surprennent, une démarche qui s’appuie sur la technique avant l’effet visuel.

Enfin, Une Glace à Paris (15 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, 4e) mérite une mention à part. Emmanuel Ryon, son fondateur avec Olivier Ménard, est Meilleur Ouvrier de France Glacier et Champion du Monde de Pâtisserie. C’est peut-être l’adresse la plus techniquement exigeante de Paris : des préparations élaborées, des textures impeccables, des saveurs qui étonnent. Les pâtisseries glacées y sont tout aussi redoutables que les glaces elles-mêmes. Une adresse à laquelle, une fois testée, on revient.
Canal Saint-Martin, République et Pigalle
Le quartier du Canal Saint-Martin est devenu, ces dernières années, un vivier créatif pour la glace parisienne.
La Combine (plusieurs adresses dans le 10e et le 11e) joue sur un concept radical : deux parfums seulement par semaine, à associer ou à savourer seuls. Curry-mangue, violette-myrtille, chèvre-miel en saison : les mariages sont audacieux et vraiment pensés pour fonctionner ensemble. C’est de la glace à l’italienne, turbinée sur place, et le format crée une fidélité rare. Les habitués reviennent chaque semaine pour découvrir « la combine du moment ».
JJ Hings Ice Cream (aussi autour du Canal Saint-Martin) explore le registre américain : crémeux, généreux, texture churned ice cream dense. Pour ceux qui cherchent moins un gelato qu’une crème glacée bien grasse et généreuse, c’est l’adresse.
Plus au nord, vers Pigalle, Bachir est un glacier libanais dont la spécialité est la glace à la fleur d’oranger et à la pistache. La méthode de fabrication, qui consiste à étirer et malaxer la préparation à la main, donne une texture filante très différente d’un gelato classique. Peu de Parisiens connaissent. Beaucoup devraient.
Rive gauche : Saint-Germain, le 5e et le 7e
Saint-Germain-des-Prés et le 6e arrondissement
Le 6e a toujours accueilli les glaciers haut de gamme, et cette tradition se poursuit.
Angiolo (Saint-Germain-des-Prés, 6e) est peut-être la maison la plus exigeante de Paris en termes d’ingrédients. La démarche est franco-italienne : du gelato artisanal avec des produits d’exception (pistache DOP de Bronte, noisettes du Piémont, vanille de Tahiti). Les prix sont élevés, autour de 5 à 6 euros le cornet, mais la qualité est là. C’est l’adresse pour qui considère qu’une glace peut être, à sa manière, une expérience gastronomique.
Glacier des Prés (6 cours du Commerce-Saint-André, 6e) est une adresse discrète qui plaît aux habitués du quartier. Le turbinage est quotidien, les parfums évoluent régulièrement, et l’ambiance est moins touristique que sur l’Île Saint-Louis. Une bonne escale après un dîner dans un restaurant romantique du 6e.
Il Gelato del Marchese (6e) tient son rang dans le registre du gelato classique italien. Des parfums bien maîtrisés, une démarche artisanale cohérente, sans fioritures.
Le 5e et le 7e arrondissement
Louise (Jardin des Plantes, 5e) s’impose comme l’une des rares glaceries bio de Paris. Les ingrédients sont sourcés localement quand c’est possible, les fruits sont frais et de saison, la carte est courte, une dizaine de parfums qui changent avec les semaines. Moins connue que ses voisines, c’est l’adresse qu’on se passe entre gens qui cherchent une glace honnête, pas une enseigne.
LaCrèma (5e) explore les bases végétales : gelati à la noix de cajou, à l’amande ou au lait d’avoine, sans sacrifier la texture. Pour ceux qui évitent les produits laitiers, c’est probablement la meilleure option de Paris.
Dans le 7e, Le Bac à Glaces (109 rue du Bac) est une institution à la longévité remarquable : maître glacier depuis 1955, soit plus de sept décennies de glaces 100 % naturelles. Des recettes transmises, un salon de thé attenant où l’on s’installe volontiers. C’est moins hype que d’autres adresses du moment. C’est aussi, justement, une qualité.
Quelques créatifs à ne pas manquer
La scène parisienne serait incomplète sans ses adresses les plus originales.
Jacques Genin (133 rue de Turenne, Haut-Marais, 3e) est surtout connu pour ses chocolats et ses caramels, mais en été, il propose des glaces turbinées à la demande dans une petite turbine visible en boutique. Les parfums vont du chocolat noir intense à des associations légume-herbes fraîches qui n’existent nulle part ailleurs. Un luxe accessible, vraiment.
Glazed (boutiques dans le 9e et le 5e) s’est imposé avec des dénominations volontairement décalées et des textures qui rappellent l’ice cream américain. Churros glacé, cheesecake en cornet : c’est festif, revendiqué, et fabriqué sur place. Pour une soirée qui sort des sentiers battus.
Artigelato (27 rue Saint-Antoine, 4e, et 54 rue Tiquetonne, 2e) est un glacier italien dont les parfums maison changent régulièrement et dont les fruits viennent du marché. Une exécution sérieuse dans un format accessible, souvent cité par les vrais amateurs de gelato sans l’effet de mode des adresses plus médiatisées.
Une glace parisienne n’est pas juste un dessert. C’est, d’une certaine façon, un acte de confiance : on choisit quelqu’un à qui l’on fait confiance pour travailler de vrais fruits, pour changer sa carte avec les saisons, pour ne pas faire de compromis sur l’ingrédient. Les glaciers artisanaux de Paris sont aussi des témoins d’un savoir-faire transmis, parfois depuis plusieurs générations. La prochaine queue devant Berthillon ou la prochaine « combine » du Canal : c’est une petite façon de parier sur la vraie glacerie parisienne.
Les meilleures glaces de Paris : vos questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une glace artisanale, exactement ?
Une glace artisanale est fabriquée sur place par le glacier lui-même, à partir d’ingrédients frais et sans arômes de synthèse. La Confédération Nationale des Glaciers de France reconnaît les artisans qui turbinent leurs préparations dans leur propre atelier, contrairement aux revendeurs qui stockent des produits industriels. Le signe le plus fiable reste la saisonnalité des parfums : un artisan qui travaille les fruits frais ne propose pas les mêmes parfums en hiver.
Quel est le glacier le plus ancien de Paris ?
Raimo, à Bastille (12e), fabrique des glaces artisanales depuis 1947 : c’est le plus ancien glacier artisanal de la capitale. Berthillon, fondé en 1954 sur l’Île Saint-Louis, est le plus célèbre à l’international. Le Bac à Glaces (7e) tient depuis 1955. Ces trois maisons ont traversé plus de sept décennies sans cesser de turbiner artisanalement, ce qui dit quelque chose de leur sérieux.
Où trouver les meilleures glaces du Marais ?
Le Marais concentre plusieurs adresses de référence. Pozzetto (39 rue du Roi de Sicile, 4e) est la référence du gelato milanais avec ses 12 parfums minimalistes. REŸS Glaces Éternelles (4 rue du Bourg Tibourg, 4e) propose des créations artisanales plus contemporaines. Une Glace à Paris (15 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, 4e) est signée par un MOF Glacier. Et Berthillon reste accessible depuis l’Île Saint-Louis voisine, à quelques minutes à pied.
Y a-t-il de bonnes glaces sans produits laitiers à Paris ?
Oui. LaCrèma (5e) propose des gelati entièrement végétaux à base de noix de cajou, d’amande ou de lait d’avoine. Louise (Jardin des Plantes, 5e) intègre aussi des options sans produits laitiers parmi ses parfums du moment. Les sorbets, présents chez la plupart des artisans (Berthillon, Angiolo, Jacques Genin), sont naturellement sans produits laitiers.
- Office du Tourisme et des Congrès de Paris (parisjetaime.com) : les glaciers parisiens de référence
- Confédération Nationale des Glaciers de France (CNGF) : organisme professionnel de référence, définition et label artisan glacier


