Les arènes de Lutèce sont un amphithéâtre gallo-romain du Ier-IIe siècle dissimulé dans une cour du 5e arrondissement, à visiter gratuitement toute l’année.
- L’un des deux seuls vestiges de la période romaine encore visibles à Paris, avec les thermes de Cluny
- Un édifice hybride, combinant arène pour gladiateurs et scène pour spectacles, parmi les plus grands construits en Gaule romaine
- Redécouvert en 1869, sauvé de la démolition en 1883 grâce à l’intervention de Victor Hugo
- Entrée gratuite, accès par le 49 rue Monge (Paris 5e), métro Place Monge (ligne 7)
Un amphithéâtre romain dans le 5e arrondissement
Les arènes de Lutèce se cachent derrière une porte cochère du 49 rue Monge. Rien, depuis le trottoir, ne laisse deviner que de l’autre côté se trouvent des gradins romains vieux de vingt siècles. On passe, on continue, sans savoir. C’est précisément ce qui en fait l’un des endroits les plus étranges de Paris : parmi les monuments de Paris les plus anciens, l’un des moins fréquentés.
Cet amphithéâtre gallo-romain est l’un des deux seuls vestiges de la période romaine encore visibles dans la capitale, avec les thermes de Cluny, à quelques centaines de mètres de là. Il s’étend sur une superficie d’environ 12 000 m², occupe tout un square, et les Parisiens s’y retrouvent le week-end pour jouer à la pétanque sous des gradins de pierre qui ont vu passer des gladiateurs. Gratuit, accessible, méconnu. Il y a pire comme bonne adresse.
Lutèce, l’ancêtre romaine de Paris
Avant de s’appeler Paris, la ville s’appelait Lutèce (du latin Lutetia). Ce nom désignait la bourgade gauloise, puis romaine, installée sur l’île de la Cité et ses rives, fondée par le peuple celte des Parisii. Sous l’Empire romain, Lutèce se développe sur la rive gauche de la Seine, avec un forum, des thermes, des routes et, bien entendu, un lieu de spectacles digne de ce nom.
C’est à cette époque, entre la fin du Ier et le début du IIe siècle après J.-C., qu’est édifié l’amphithéâtre. La ville prend progressivement le nom de « Paris » à partir du IVe siècle, en référence à ce même peuple des Parisii. Les arènes, elles, ont conservé leur ancien nom. Un peu comme si on appelait encore la cathédrale « la chapelle de Lutèce ».

Un édifice hybride, unique en Gaule romaine
Ce qu’on appelle « arènes » est en réalité un amphithéâtre à scène : un édifice qui combine, dans un même espace, une arène ovale pour les combats de gladiateurs et d’animaux exotiques, et une scène de théâtre pour les représentations de mime, de pantomime et de musique. Ce caractère mixte est rare en Gaule. Comme le précise le service de l’archéologie du Ministère de la Culture, l’édifice figure « parmi les plus grands de ce type construits en Gaule ».
Ses dimensions restent imposantes : environ 100 mètres sur 130. On estime que les gradins pouvaient accueillir entre 10 000 et 15 000 spectateurs, soit à peu près toute la population de Lutèce à l’époque. La cavea (la partie des gradins en arc de cercle) est incomplète côté scène, ce qui distingue visuellement ce type d’édifice d’un amphithéâtre classique comme le Colisée de Rome.
Les spectacles se terminaient souvent au coucher du soleil. Le public quittait les arènes par les deux grandes entrées latérales, encore partiellement visibles aujourd’hui. Puis le silence revenait sur la ville. Des siècles de silence, en fait.
Ensevelies, puis sauvées par Victor Hugo
Avec le déclin de l’Empire romain à partir du IIIe siècle, les arènes tombent progressivement à l’abandon. Envahies par les constructions, les remblais et les terres, elles finissent par disparaître sous la ville. Pendant plus de douze siècles, leur emplacement est à peu près oublié, même si quelques noms de rues du quartier en gardent la trace.
En 1869, le percement de la rue Monge met au jour les premières traces de l’édifice. Un chantier de voirie qui devient, presque par hasard, une découverte archéologique considérable. Mais en 1883, la construction d’un dépôt de tramways menace de raser ce qui en reste.

C’est alors que Victor Hugo intervient. L’écrivain, âgé de 81 ans, dont la cathédrale inspiratrice est de nouveau ouverte aux visites, adresse une lettre au conseil municipal de Paris pour réclamer la préservation des arènes. Sa voix porte. Le site est classé monument historique en 1884, un an après la mise en demeure. Les travaux de restauration s’étaleront sur plusieurs décennies, sous la direction de l’architecte Jean-Camille Formigé.
Aujourd’hui : pétanque, concerts et jardin public
Les arènes accueillent aujourd’hui un jardin public géré par la Ville de Paris, certifié Écojardin, qui mêle espaces verts et vestiges archéologiques. Le square des arènes de Lutèce et le square Capitan adjacent forment un ensemble apprécié des habitants du quartier Latin.
Ce qui frappe en arrivant sur la piste centrale, c’est l’animation. Les gradins servent de sièges improvisés pour les promeneurs. Et sur le gravier, presque tous les jours quand il fait beau, des parties de pétanque s’improvisent. Il y a quelque chose d’assez délicieux dans ce contraste : des cochonnets qui roulent là où des lions combattaient des gladiateurs.
Des spectacles en plein air sont organisés ponctuellement dans l’arène, notamment en été. Les arènes font ainsi partie de ces lieux secrets que Paris réserve à ceux qui prennent le temps de chercher.
Informations pratiques pour votre visite
Le site est accessible librement, sans billet ni réservation. Voici les informations essentielles avant d’y aller.
Adresse principale : 49 rue Monge, Paris 5e (entrée par une porte cochère)
Autres accès : 4 rue des Arènes ou depuis le square Capitan
Horaires (octobre 2026) : lundi-vendredi 8h-19h30 / samedi-dimanche 9h-19h30
Les horaires sont étendus jusqu’à 21h30 en été et varient selon la saison.
Entrée : gratuite
Métro : Place Monge (ligne 7), Cardinal Lemoine (ligne 10), Jussieu (lignes 7 et 10)
Bus : 47, 67, 89
Ce qui étonne le plus, en quittant les arènes, c’est la facilité avec laquelle on les avait ignorées jusqu’ici. Vingt siècles se superposent dans un rectangle de quelques milliers de mètres carrés, entre deux immeubles haussmanniens et une librairie du quartier Latin. Douze siècles d’oubli, puis une deuxième vie comme jardin de quartier. L’histoire de Paris ressemble souvent à ça : le temps s’est posé par couches successives, et il suffit de savoir où chercher pour tomber sur quelque chose d’inattendu. Les arènes de Lutèce ne manquent pas de visiteurs une fois qu’on les a trouvées. Elles manquent surtout de gens qui pensent à chercher.
Questions sur les arènes de Lutèce
Où se trouvent exactement les arènes de Lutèce ?
Les arènes de Lutèce sont situées dans le 5e arrondissement de Paris, à deux pas du Jardin des Plantes. L’entrée principale se trouve au 49 rue Monge, dissimulée derrière une porte cochère. On peut aussi y accéder par la rue des Arènes ou depuis le square Capitan, adjacent au square principal.
Les arènes de Lutèce sont-elles gratuites ?
Oui, les arènes de Lutèce sont entièrement gratuites et accessibles librement toute l’année. Aucune billetterie ni réservation n’est nécessaire : on entre comme dans un jardin public.
Quels sont les horaires des arènes de Lutèce ?
Les horaires varient selon la saison. En octobre 2026, le site est ouvert du lundi au vendredi de 8h à 19h30, et les week-ends de 9h à 19h30. En été, les horaires sont étendus jusqu’à 21h30. Pour les horaires les plus à jour, consultez la page dédiée sur paris.fr.
Pourquoi parle-t-on d’arènes de Lutèce et non d’arènes de Paris ?
Le site a conservé l’ancien nom romain de la ville. Avant de s’appeler Paris, la cité s’appelait Lutèce (en latin Lutetia), nom donné par les Romains à l’établissement gaulois des Parisii. L’amphithéâtre a été construit et utilisé pendant cette période romaine, c’est donc sous ce nom qu’il est entré dans l’histoire et dans les livres d’archéologie.


