La Butte aux Cailles est un quartier du 13e arrondissement de Paris qui a conservé ses ruelles pavées, ses maisons basses et son atmosphère de village, à deux pas de la place d’Italie.
- Station de métro la plus proche : Corvisart (ligne 6), à 5 minutes à pied du coeur du quartier
- L’axe central : la rue de la Butte-aux-Cailles et la rue des Cinq-Diamants, bistrots et vie de quartier
- Street art : les pochoirs de Miss.Tic et d’autres artistes ornent les murs depuis les années 1980
- La piscine Art déco de 1924, alimentée par un puits artésien de 582 mètres, propose trois bassins dont un nordique à ciel ouvert
- Idéal pour une balade d’une à deux heures, de préférence en semaine pour profiter du quartier sans affluence
Perchée sur une butte de 63 mètres dans le sud du 13e arrondissement, la Butte aux Cailles ressemble à un village que Paris aurait oublié de moderniser. Ce n’est pas tout à fait un accident. C’est l’un des quartiers de Paris qui ont su résister aux grandes transformations urbaines du XIXe siècle, et qui portent encore la trace de ce refus dans chaque façade en meulière et chaque pavé descellé.
Un village qui a résisté à Haussmann
La Butte aux Cailles tient son nom de Pierre Caille, un vigneron qui possédait un coteau planté de vignes sur cette colline dès 1543. « Caille » désigne ici un nom de famille, pas l’oiseau : une précision qui étonne souvent les visiteurs qui s’attendaient à une explication plus romantique.
À cette époque, la butte surplombe la Bièvre, une rivière qui traverse le bas du quartier et alimente les tanneries, les teintureries et les moulins installés sur ses berges. L’industrie est là, bruyante et odorifère, tandis qu’en haut, les vignes et les cultures maraîchères donnent un peu d’air à ce qui ressemble encore à un bourg de campagne aux portes de la capitale. Les odeurs de la Bièvre, chargée des rejets des tanneries, sont si fortes qu’on la couvre peu à peu au XIXe siècle : elle coule aujourd’hui sous le bitume, invisible, et les Parisiens ont fini par oublier qu’elle existe.
Lors des grands travaux d’Haussmann sous le Second Empire, la plupart des quartiers populaires de Paris sont rasés pour laisser place aux larges boulevards rectilignes. La Butte, elle, échappe largement à la rénovation. La pente est trop raide, le terrain trop irrégulier pour y tracer des voies dignes du nouveau Paris. Les rues restent étroites, les maisons basses. Ce que beaucoup considéraient comme un signe d’arriération est devenu, un siècle et demi plus tard, le principal charme du quartier.
En mai 1871, la Butte aux Cailles joue un rôle dans la Commune de Paris. Des barricades s’y dressent pendant les derniers jours de la Semaine sanglante, et des combats violents opposent les communards aux Versaillais dans ces ruelles où la progression des troupes régulières est difficile. Une place porte encore aujourd’hui le nom de « Commune-de-Paris », au coeur du quartier, rappelant cet épisode de l’histoire populaire parisienne.
Depuis, la Butte a absorbé les vagues successives de la ville sans perdre sa silhouette. Les artisans ont cédé la place aux artistes et aux étudiants, puis aux jeunes actifs qui ont découvert le quartier à partir des années 1990. Les façades en meulière et les pavés inégaux, eux, sont restés.
La rue de la Butte-aux-Cailles et ses artères cachées
La rue de la Butte-aux-Cailles est l’axe principal du quartier. Elle descend doucement entre des maisons de deux ou trois étages, entrecoupée de terrasses qui débordent sur le trottoir dès les premières chaleurs. On y trouve des cafés qui ouvrent tôt, quelques épiceries indépendantes, un coiffeur installé là depuis longtemps et une librairie de quartier qui résiste. L’atmosphère est celle d’une rue vivante qui n’a pas cherché à l’être : les habitués et les curieux s’y croisent sans que personne ne fasse vraiment la différence.

Ce qui mérite qu’on s’y attarde davantage, ce sont les rues qui partent sur les côtés. Le passage Boiton, que l’on prend en montant depuis la place d’Italie, ressemble à une impasse verdoyante où de petites maisons ouvrières du début du XXe siècle s’alignent avec leurs jardins minuscules et leurs boites aux lettres rouillées. Peu de visiteurs y passent. C’est exactement pour ça qu’il vaut le détour.
La rue des Cinq-Diamants est sans doute la plus vivante du quartier après la rue principale. Elle concentre des bars à vins naturels, une cave, des restaurants de quartier, et le soir, des groupes de voisins qui ont apporté leurs chaises depuis chez eux pour profiter du trottoir. Le nom vient d’une ancienne enseigne de commerce disparue depuis bien longtemps, et personne dans le quartier ne sait exactement ce qu’elle vendait.
La rue Michal, plus calme, longe l’arrière de l’église Sainte-Anne-de-la-Butte-aux-Cailles, construite à la fin du XIXe siècle pour le quartier ouvrier. Elle débouche sur une petite place qui donne un peu de souffle à la promenade et permet de souffler avant d’attaquer la montée.
Street art : quand Miss.Tic a fait de la Butte sa toile
La Butte aux Cailles est l’un des berceaux du street art parisien. Depuis les années 1980, des artistes utilisent ses murs à la place des galeries, et le quartier a développé avec eux une relation faite de tolérance et d’appropriation progressive. Aujourd’hui, certaines oeuvres sont considérées par les riverains comme faisant partie du patrimoine local au même titre que les façades ou les pavés.
L’une des artistes a marqué la Butte plus durablement que les autres. Miss.Tic commence à apposer ses pochoirs dans les rues de Paris à partir de 1985. Ses silhouettes de femmes en noir et blanc, accompagnées de jeux de mots féministes ou amoureux, constituent une oeuvre à la fois politique et poétique qui a traversé les décennies. La Butte est l’un de ses territoires de prédilection : ses pochoirs se retrouvent sur plusieurs murs de la rue de la Butte-aux-Cailles et des rues adjacentes. Certains ont été recouverts au fil du temps, d’autres restaurés avec soin par des habitants qui les considèrent comme précieux. L’une de ses oeuvres les plus connues, « L’alerte à la bombe » sur la rue de la Butte-aux-Cailles, a fait l’objet d’une restauration collective.
D’autres artistes sont passés par là. La Butte attire régulièrement des peintres muraux, des grapheurs et des poseurs de stickers qui trouvent dans ses murs aveugles et ses passages discrets des supports idéaux. L’ambiance est moins spectaculaire que dans d’autres secteurs de Paris dédiés au grand format, mais plus intime, plus à chercher : les oeuvres se découvrent au fil de la promenade, sans qu’on les cherche vraiment, et c’est souvent là qu’on les apprécie le mieux.

Pour voir le plus grand nombre d’oeuvres, on conseille de partir de la place Paul Verlaine, de descendre la rue de la Butte-aux-Cailles jusqu’au boulevard Auguste Blanqui, de bifurquer rue des Cinq-Diamants, et de remonter par la rue Bobillot. Compter une heure pour faire le circuit sans se presser, davantage si l’on s’arrête prendre un café en chemin.
La piscine de la Butte aux Cailles, un bijou Art déco depuis 1924
Au 5, place Paul Verlaine, la piscine de la Butte aux Cailles détonne dans le paysage urbain du 13e. Sa façade en briques rouges, ses ornements en céramique et ses deux coupoles en font l’un des rares équipements publics de Paris à n’avoir pas été défiguré par les rénovations successives du XXe siècle. On s’y arrête même sans avoir l’intention de se baigner.
Elle est construite entre 1922 et 1924, à l’emplacement d’un ancien bains-douches de quartier. Ce que peu de gens savent : elle est alimentée par un puits artésien creusé en 1903 à une profondeur de 582 mètres. L’eau remonte naturellement à 28°C depuis les couches géologiques profondes, ce qui explique que le bassin nordique extérieur reste utilisable même hors des grandes vagues de chaleur estivales. C’est l’une des particularités les moins connues de Paris : un équipement public chauffé par la géothermie naturelle, dans un quartier qui s’en vante assez peu.
La piscine compte trois bassins : un bassin intérieur, un bassin enfants et le fameux bassin nordique à ciel ouvert. Les deux premiers sont maintenus à 26,5°C. Des solarium, des vestiaires et des casiers sont disponibles sur place, avec un accès prévu pour les personnes à mobilité réduite, selon les informations de la Ville de Paris.
C’est l’un des équipements les plus appréciés du quartier par ses habitants, qui font de la résistance face aux files d’attente du week-end en été. Pas de réservation en ligne en règle générale : il faut se présenter directement. Les matins de semaine en dehors de juillet-août sont généralement plus accessibles. Contact : 01 45 89 60 05.
Où manger et boire : l’esprit bistrot de la Butte

La Butte aux Cailles n’est pas un quartier gastronomique au sens habituel du terme. Ce n’est pas là qu’on cherche l’étoilé ou l’expérience culinaire mémorable. On y va pour manger bien, sans chichi, dans des endroits qui existent depuis longtemps et où les habitués ont leur place attitrée au comptoir depuis des années. C’est un quartier où les restaurants font des profits raisonnables depuis trente ans parce qu’ils ont une clientèle fidèle, et ça se sent dans la façon dont les tables sont disposées et dont les ardoises changent.
Les bistrots sont les rois du quartier. Des petites salles, des ardoises qui varient selon les arrivages du marché, des vins naturels de plus en plus présents sur les tables. La cuisine basque a une tradition solide ici : plusieurs adresses historiques ont installé l’ambiance du Sud-Atlantique dans ces rues parisiennes, et les files d’attente du dimanche midi en témoignent depuis des décennies.
Les bars de la rue des Cinq-Diamants et de la rue de la Butte-aux-Cailles offrent le type d’ambiance que l’on cherche quand on est las des bars à cocktails avec menus sur QR code et sélection musicale calibrée : des tabourets, un comptoir en bois, une sélection de bières artisanales ou de vins natures, et des discussions qui durent. Certains ouvrent jusqu’à deux heures du matin les vendredis et samedis.
La place de la Commune-de-Paris est le point de ralliement en soirée. Un espace que personne n’a privatisé, quelques bancs, et des gens du quartier qui se retrouvent là spontanément depuis des générations. Notre rédactrice Flore de la Tullay s’y est retrouvée par hasard un dimanche soir de printemps, et s’est attardée deux heures dans une conversation que personne n’avait prévue. C’est le genre d’endroit que Paris fabrique de moins en moins.
Comment venir à la Butte aux Cailles
Métro : La station Corvisart (ligne 6) est la plus pratique. La butte est à environ 5 minutes à pied en remontant la rue de la Butte-aux-Cailles depuis la sortie. La station Place d’Italie (lignes 5, 6 et 7) convient aussi comme point d’entrée, notamment si vous venez du Quartier latin ou de la gare d’Austerlitz.
Bus : Les lignes 57 et 83 desservent les alentours. La ligne 57 s’arrête rue Bobillot, à deux minutes à pied de la rue de la Butte-aux-Cailles. Consultez les horaires sur le site du réseau RATP.
À pied : Depuis la place d’Italie, on rejoint le quartier en moins de 10 minutes en longeant le boulevard Auguste Blanqui vers le sud, puis en prenant à droite dans la rue de la Butte-aux-Cailles.
Il y a un paradoxe à visiter la Butte aux Cailles : plus on la cherche comme une attraction, moins on comprend pourquoi elle a ce caractère particulier. C’est un quartier qui fonctionne parce que ses habitants ont choisi de rester là, de faire leurs courses dans les épiceries du coin, de boire leur café au comptoir depuis des années. Ce qui attire les visiteurs, c’est précisément ce que le tourisme détruit ailleurs : la banalité quotidienne d’un quartier qui n’a jamais voulu être pittoresque. Pour l’instant, la Butte tient bon.
Vos questions sur la Butte aux Cailles
Pourquoi le quartier s’appelle-t-il la Butte aux Cailles ?
Le nom vient de Pierre Caille, un vigneron qui possédait un coteau planté de vignes sur cette colline dès 1543. « Caille » désigne ici un nom de famille, pas l’oiseau. La butte culmine à 63 mètres, ce qui en fait l’un des points hauts de la rive gauche parisienne.
Quelle station de métro pour aller à la Butte aux Cailles ?
La station Corvisart (ligne 6) est la plus proche : comptez 5 minutes à pied en remontant la rue de la Butte-aux-Cailles depuis la sortie. La station Place d’Italie (lignes 5, 6 et 7) convient aussi comme point d’entrée, notamment depuis le nord de Paris ou la rive droite.
Où manger à la Butte aux Cailles ?
La Butte est connue pour ses bistrots et ses bars à vins de la rue des Cinq-Diamants et de la rue de la Butte-aux-Cailles. On y trouve des adresses basques traditionnelles, des restaurants de quartier et des caves à vins naturels. Les options vont du repas rapide du midi aux longues soirées au comptoir.
La piscine de la Butte aux Cailles est-elle ouverte toute l’année ?
Oui, la piscine est ouverte toute l’année. Le bassin intérieur fonctionne en continu à 26,5°C. Le bassin nordique à ciel ouvert est accessible selon la saison et les créneaux horaires. Les horaires varient : consultez la page dédiée sur le site de la Ville de Paris avant de vous déplacer.
- Piscine de la Butte aux Cailles : informations pratiques – Ville de Paris (paris.fr)
- Mairie du 13e arrondissement de Paris – mairie13.paris.fr
- Accès en transports en commun – RATP


