Paris insolite se découvre à tous les niveaux : sous les pavés dans les galeries souterraines, à 150 mètres en nacelle de ballon, ou en surface dans des musées et passages que même les Parisiens redécouvrent avec surprise.
- Réservez impérativement à l’avance pour les Catacombes et le Musée des Arts Forains : les créneaux partent vite, surtout en été
- La Promenade Plantée et les tronçons accessibles de la Petite Ceinture sont entièrement gratuits, ouverts toute l’année
- Le Musée de la Chasse et de la Nature est gratuit pour les moins de 26 ans
- Le Ballon de Paris est annulé par vent fort ou pluie : vérifiez le statut le jour même avant de vous déplacer
- Les passages couverts (Passage du Grand-Cerf, Galerie Vivienne) s’explorent librement aux horaires des commerces, sans réservation ni billet
On croit avoir fait le tour de Paris, et puis on descend un escalier de 131 marches, on monte dans une nacelle à 150 mètres, on pousse une porte cochère au fond d’une impasse peinte que le GPS ignore, et la ville n’est plus la même. Ces activités insolites à Paris existent depuis des décennies. Elles ne sont juste jamais sur le chemin. On les a regroupées par envie : descendre sous terre, prendre de la hauteur, ou se perdre dans un passage. Pour l’ensemble des idées de sorties parisiennes, notre guide de la vie parisienne reste le point de départ le plus complet.

Sous les pavés : les espaces souterrains de Paris
Paris repose sur un réseau de plus de 300 kilomètres de galeries creusées à partir du XVIIIe siècle, dont deux sites sont aujourd’hui ouverts au public dans des conditions très différentes.
Les Catacombes de Paris (14e arrondissement)
L’ossuaire municipal des Catacombes conserve les restes de près de six millions de Parisiens, transférés ici à partir de 1786 depuis les cimetières de surface qui débordaient après les grandes épidémies. La visite officielle commence place Denfert-Rochereau, descend à environ 20 mètres de profondeur par un escalier hélicoïdal de 131 marches, et suit les couloirs de calcaire dans lesquels les ossements ont été disposés en formations géométriques d’une précision frappante. La température y est constante, autour de 14 degrés quelle que soit la saison.
Ce ne sont pas les six millions de morts qui saisissent, c’est l’ordre maniaque : tibias alignés au cordeau, crânes sertis à intervalles réguliers, et des inscriptions gravées dans la pierre qui rappellent qu’on est dans un ossuaire, pas un simple couloir. Paradoxalement, l’ossuaire est aussi l’un des lieux les plus calmes de Paris : à 20 mètres sous le 14e, le bruit de la ville disparaît complètement.
Réservation obligatoire via la billetterie en ligne de la Ville de Paris, seul circuit sans supplément (les revendeurs majorent fortement les tarifs). Comptez plusieurs jours d’avance en haute saison. Prévoyez une veste légère : 14 degrés contrastent nettement avec l’été parisien.
Prévoir au minimum une heure. La sortie se fait par un escalier identique à celui de la descente.
Le Musée des Égouts de Paris (7e arrondissement)
L’entrée du Musée des Égouts s’ouvre face au numéro 93 du quai d’Orsay, non loin du pont de l’Alma, par une trappe métallique dans le trottoir qui descend dans une section du réseau d’assainissement haussmannien. Ce réseau de 2 600 kilomètres de galeries, décidé après les épidémies de choléra du XIXe siècle, est l’un des plus vastes au monde. La visite retrace l’histoire de ce chantier colossal et présente les équipements qui servent encore aujourd’hui à l’entretien quotidien des galeries.
L’odeur caractéristique fait partie de l’expérience et s’atténue après quelques minutes. Passé ce cap, le nez s’habitue et l’œil prend le relais : machines de curage du XIXe encore en service, plan du réseau tracé à même la voûte, et cette idée un peu vertigineuse qu’un couloir jumeau court sous chaque rue, portant le même nom qu’elle. La visite dure environ 45 minutes. Tarif adulte autour de 8 euros.
Les musées qu’on ne s’attend pas à trouver à Paris
Trois musées que les Parisiens citent rarement, et qu’aucune autre ville française ne peut aligner.
Le Musée des Arts Forains (12e arrondissement)
Dans les pavillons de Bercy, Jean-Paul Favand collectionne les fêtes foraines des XIXe et XXe siècles depuis les années 1970 : manèges vénitiens d’époque, chevaux de bois sculptés, attractions de foire, jeux d’adresse anciens. Sa réserve est aujourd’hui l’une des plus complètes au monde, et tout, absolument tout, fonctionne encore. Pendant la visite guidée, les manèges tournent, les orgues de Barbarie jouent, et on peut monter sur les chevaux.
Le lieu est privatisé pour des événements une grande partie de l’année, ce qui rend les créneaux de visite publique rares et prisés. Les dates s’affichent plusieurs semaines à l’avance sur le site officiel du musée, et les places se réservent en ligne. On y voit des adultes monter sur un cheval de bois sans la moindre ironie, ce qui, à Paris, n’arrive presque jamais. Consultez les dates disponibles sur le site de l’Office du Tourisme et des Congrès de Paris.
Le Musée de la Chasse et de la Nature (3e arrondissement)
Installé dans deux hôtels particuliers du Marais, ce musée est certainement le plus déconcertant de Paris pour un premier visiteur. Des trophées de chasse et des armes anciennes côtoient des installations d’art contemporain, des salles entières reconstituent des intérieurs de manoirs avec cerfs empaillés, et des oeuvres d’artistes contemporains s’y glissent entre les pièces historiques sans avertissement préalable.
La scénographie joue constamment sur le décalage entre le registre du XVIIIe siècle et des interventions artistiques actuelles, et le résultat est à la fois érudit, drôle et visuellement très fort. Comptez deux heures pour une visite complète sans se presser. Tarif adulte : environ 10 euros, gratuit pour les moins de 26 ans.
C’est notre adresse préférée de cette liste. On entre pour les trophées et les armes anciennes, on ressort en se demandant ce qu’une vidéo d’art contemporain fabriquait entre deux cerfs empaillés. C’est exactement le but.
Le Musée national de la Marine au Trocadéro (16e arrondissement)
Rouvert en 2023 après sept ans de travaux de rénovation, le Musée national de la Marine propose une scénographie entièrement repensée autour de la relation de la France à la mer. La figure de proue du navire de Louis XV, les reconstitutions de bâtiments du XVIIIe siècle, les récits d’expéditions polaires et de grandes traversées : le musée couvre 600 ans d’histoire maritime française dans un bâtiment du Trocadéro que beaucoup de Parisiens n’ont pas encore redécouvert depuis sa réouverture. Une surprise pour ceux qui n’y sont pas retournés depuis l’ancienne muséographie.

Paris vu d’un angle différent
Prendre de la hauteur, marcher sur d’anciens rails à 9 mètres au-dessus de la rue, ou nager sur la Seine sans y tremper : trois manières de décoller du plan de métro.
Le Ballon de Paris GENERALI (15e arrondissement)
Dans le Parc André-Citroën, le ballon captif GENERALI est, avec ses 22 mètres de diamètre, le plus gros ballon captif en service au monde, un record qu’aucun Parisien ne cite jamais. Il monte à 150 mètres d’altitude avec une trentaine de passagers dans une nacelle circulaire, offrant une vue à 360 degrés qui s’étend jusqu’à 70 kilomètres par temps clair. La montée et la descente durent environ dix minutes, et les vols se succèdent toute la journée tant que les conditions météo le permettent.
Particularité peu connue : la couleur du ballon change selon la qualité de l’air mesuré en temps réel (vert pour un air de bonne qualité, jaune, orange, puis rouge). C’est à la fois une expérience touristique et un indicateur de pollution visible depuis toute la rive gauche, ancré dans le quartier depuis 1999. Tarif adulte : 14 euros en semaine, 18 euros le week-end. Le ballon est suspendu par vent fort ou pluie : vérifiez le statut le jour même sur le site officiel avant de vous déplacer.
La Promenade Plantée, aussi appelée Coulée Verte (12e arrondissement)
La Promenade Plantée est la première promenade urbaine suspendue du monde, ouverte en 1993 sur les 4,7 kilomètres d’une ancienne voie ferrée qui reliait la place de la Bastille à Vincennes. Elle commence boulevard de Reuilly, à 9 mètres au-dessus de la rue, traverse des viaducs dont les arches abritent aujourd’hui des ateliers de créateurs et des galeries (les Viaduc des Arts), et se poursuit ensuite au niveau du sol jusqu’au bois de Vincennes.
Ce qui rend la promenade insolite, c’est la perspective : on marche au niveau des toits du 12e, on voit des cours intérieures et des fenêtres que personne ne regarde normalement, et on longe les balcons du 12e à hauteur de géraniums, au point de marcher plus lentement que prévu. L’accès est entièrement gratuit, toute l’année. La Highline de New York, devenue emblématique dans les années 2010, s’en est directement inspirée, ouvrant quinze ans plus tard, en 2009.
La Piscine Joséphine Baker (13e arrondissement)
Amarrée face au quartier de la Bibliothèque nationale de France sur la Seine, la Piscine Joséphine Baker est une piscine olympique installée sur une péniche de 120 mètres de long. Elle ouvre son toit coulissant à la belle saison pour permettre de nager en plein air avec le fleuve pour décor immédiat. La piscine appartient à la Ville de Paris, l’accès est au tarif des piscines municipales parisiennes. C’est l’une des seules piscines au monde où l’on nage à la surface d’un fleuve sans être dans le fleuve.
Passages secrets et adresses confidentielles
Paris conserve des itinéraires entiers que peu de visiteurs empruntent : passages couverts du XIXe siècle, impasses fleuries et anciennes voies ferrées reconverties en nature sauvage.
Le Passage du Grand-Cerf (2e arrondissement)
Construit en 1825 et restauré dans les années 1990, le Passage du Grand-Cerf est le plus haut des passages couverts parisiens, avec ses verrières à 11,80 mètres sous lesquelles s’articulent plusieurs niveaux de galeries. Il se distingue des passages plus touristiques par ses boutiques de créateurs indépendants, ses ateliers de bijouterie ouverts sur la galerie et une atmosphère de travail artisanal que vous ne retrouverez ni passage Vivienne ni passage des Panoramas.
L’entrée se fait rue Saint-Denis côté nord, ou rue Dussoubs côté sud. Accès libre aux horaires des commerces, sans billet ni réservation. Le passage est relativement calme en semaine, et sa hauteur peu commune lui donne une luminosité que les autres passages n’ont pas.
La Petite Ceinture (plusieurs arrondissements)
L’ancienne voie ferrée de la Petite Ceinture a fait le tour complet de Paris intra-muros pendant près d’un siècle avant d’être abandonnée pour les voyageurs en 1934, puis progressivement pour le fret dans les années 1990. En quarante ans d’abandon, une végétation spontanée a colonisé les rails, les talus et les ouvrages d’art, créant une friche naturelle insolite au cœur de Paris : renards, chauves-souris, orchidées sauvages et espèces végétales rares y ont trouvé refuge selon les inventaires de la Ville. L’ouverture progressive au public de nouveaux tronçons fait d’ailleurs l’objet d’un débat actif entre les défenseurs de cette biodiversité construite en quatre décennies d’abandon et les partisans d’une promenade continue autour de Paris.
Depuis 2012, plusieurs tronçons ont été ouverts progressivement au public. Les sections accessibles se trouvent notamment dans le 15e arrondissement (entrée depuis la rue Olivier-de-Serres), le 12e (square Charles-Péguy), le 16e et le 19e. L’accès est libre et gratuit. Chaque tronçon a sa propre atmosphère : le 12e est plus boisé, le 16e longe des jardins privés, le 19e est le plus sauvage. La Petite Ceinture, c’est Paris vu côté coulisses : arrière-cours, murs taggés, et le silence d’une voie ferrée que plus aucun train ne traverse.
Les cours colorées et impasses préservées
La rue Crémieux, dans le 12e arrondissement à dix minutes à pied de la gare de Lyon, est une rue piétonne pavée dont les façades sont peintes de couleurs vives : jaune, rose, turquoise, vert. L’anomalie visuelle dans le tissu haussmannien alentour en a fait l’une des rues les plus photographiées de Paris ces dernières années. Les riverains ont obtenu des restrictions d’accès le week-end après des années de pétitions : la célébrité Instagram de la rue a fini par épuiser les habitants. Si vous souhaitez voir la rue dans son atmosphère de quartier plutôt que comme un décor de shooting, venez en semaine, en matinée.
La Cité Florale, dans le 13e arrondissement, regroupe quatre petites rues résidentielles aux noms de fleurs dans une enclave verdoyante qui ressemble davantage à un quartier de province qu’au Paris du 13e. Accessible depuis le métro Corvisart, accès libre. Le Passage Brady, dans le 10e arrondissement, est un passage couvert qui a conservé depuis les années 1960 son atmosphère d’épiceries et de restaurants indiens : une mini-parenthèse dans l’Inde commerçante, à deux pas de la gare du Nord.

Comment choisir : guide par profil
Ces adresses ne se visitent pas toutes dans les mêmes conditions ni avec le même état d’esprit. Voici un guide rapide selon votre profil.
Le Musée des Arts Forains est l’adresse la plus singulière pour une soirée à deux : les manèges fonctionnent, l’ambiance est surannée et hors du temps, et les créneaux de visite sont suffisamment rares pour que l’expérience reste confidentielle. La réservation est obligatoire. En complément ou en alternative, le Ballon de Paris au coucher du soleil offre une vue sur Paris au crépuscule accessible sans privatisation.
Les Catacombes sont déconseillées aux enfants de moins de 10 ans : obscurité, ossements, escaliers étroits et impossibilité de faire demi-tour. Le Musée des Égouts est mieux adapté dès 8-9 ans, la visite est courte et didactique, et les enfants en repartent avec une vraie curiosité pour ce qui se passe sous leurs pieds. La Promenade Plantée et les tronçons accessibles de la Petite Ceinture conviennent à tout âge, sans billet ni contrainte de temps.
Le Musée de la Chasse et de la Nature est idéal pour un après-midi sans réservation : pas de guide obligatoire, suffisamment dense pour rester deux heures sans se presser, et la surprise est garantie même pour les Parisiens convaincus de connaître leurs musées. Le Passage du Grand-Cerf et un tronçon de la Petite Ceinture se combinent bien dans la même demi-journée depuis Bastille ou Nation.
FAQ : questions sur le Paris insolite
Quelles sont les meilleures activités insolites à Paris sans réservation préalable ?
La Promenade Plantée, le Passage du Grand-Cerf, les tronçons accessibles de la Petite Ceinture, le Musée de la Chasse et de la Nature, la Piscine Joséphine Baker et le Musée national de la Marine au Trocadéro se visitent sans réservation préalable. Le Ballon de Paris accepte les billets achetés en ligne le jour même si des places restent disponibles. Les Catacombes et le Musée des Arts Forains demandent impérativement une réservation à l’avance.
Que faire à Paris d’insolite quand il pleut ?
Les meilleures options couvertes par temps de pluie : les passages couverts (Passage du Grand-Cerf, Galerie Vivienne, Passage des Panoramas) pour une balade à l’abri, le Musée de la Chasse et de la Nature (accès sans réservation), le Musée des Égouts (entièrement souterrain, parfaitement adapté à la pluie) et le Musée des Arts Forains sur réservation. Le Ballon de Paris est suspendu en cas de pluie forte ou de vent.
Quels sont les endroits insolites de Paris accessibles gratuitement ?
La Promenade Plantée (accès libre toute l’année), les tronçons ouverts de la Petite Ceinture, les passages couverts (Passage du Grand-Cerf, Galerie Vivienne, Passage des Panoramas), le Musée de la Chasse et de la Nature pour les moins de 26 ans, et les rues colorées comme la rue Crémieux sont les meilleures options gratuites. L’Office du Tourisme et des Congrès de Paris publie régulièrement des sélections thématiques d’activités gratuites ou à petit prix.
Que faire à Paris d’insolite le soir ?
Les Catacombes proposent des visites nocturnes guidées à certaines dates, à réserver très longtemps à l’avance. Le Ballon de Paris monte jusqu’au coucher du soleil en été. Certains bars du Marais et de Saint-Germain-des-Prés occupent des lieux atypiques : caves voûtées médiévales, hôtels particuliers reconvertis. Consultez l’agenda de l’Office du Tourisme et des Congrès de Paris pour les événements nocturnes insolites en cours.
Le Paris insolite n’est jamais vraiment loin. La Petite Ceinture commence à dix minutes à pied de la place de la Nation. Le Passage du Grand-Cerf est à cent mètres des Halles. La rue Crémieux se cache derrière la gare de Lyon. Rien de tout ça ne demande de la curiosité, juste l’habitude de tourner à droite quand on prend toujours à gauche, et de pousser une porte cochère sans trop y croire.


